In his/her suitcase:
Chercher l'instant, la rencontre, accumulation n'est pas richesse
SVP, militez pour la paix au Moyen Orient
Est-ce le soleil, l’exotisme, le dépaysement qui vous fait exister en voyage ? Je l’ignore, sans doute tout cela à la fois ; et comme beaucoup de gens, je craque pour l’étrange et fascinant Moyen Orient. Un état amoureux donc beaucoup d’indulgence m’influence. Mais pourqoi résister à cet enthousiasme ? Je suis comme un enfant devant les coffres d’un grenier… les ouvrir sur l’inconnu, le magique…
Le liban est un coffre, un kaléidoscope de dix mille kilomètres carrés. Jaillissent des monts luisants qui déversent leur eau et la roche vers une étroite bande cotière.
Cette aire, je ne l’ai pas parcourue entièrement. Au gré des visites familiales et quelques sorties touristiques, mes pas m’ont conduit surtout dans le Metn, le Kesrouan, la Qadisha et le Nahr Ibrahim. Parcourus aussi la forêt de cèdres, Bcharré, Annaya et la Békaa, longue plaine fertile entre les deux massifs montagneux.
Nous sommes engagés dans la montagne,la montée est interminable. Nous goûtons dans un café. Je prends le volant pour me dégourdir sur les routes de montagne. Nous montons encore. A cette altitude, les villages présentent une familiarité alpine. Bientôt à Annaya… la lumière prend une autre valeur. Bois et pierre se mêlent. Nous visitons le monastère… beaucoup de fidèles. Vers l’ermitage, la lumière éclate, l’horizon s’écarte. L’air est plus frais, le bleu plus bleu. Quelque chose semble attendre. Au pied de la colline, un escalier aux larges marches rocheuses: Après la seconde boucle, la statue du Saint, immaculée dans la pénombre. Un rayon perce la frondaison,le visage de pierre s’éclaire,le rai danse et la main se tend pour dire bienvenue,je suis troublé.Sans doute la chaleur… sans doute le jeu de la lumière. Je reste sans voix. L'air vibre, pur, dans les rayons du soleil dessinant les collines incandescentes.
C'est une grappe de raisin en verre syrien, une lampe placée en suspension attachée à une chaîne dorée. Elle est bien connue des libanais qui fréquentent les terrasses de restaurants en bord de mer. B. avec sa générosité habituelle m'en a fait cadeau. Elle était suspendue sur la terrasse au bord de la mer, à Aamchit sur le littoral après Jounié.
Le raisin est presque autant un emblème que les cèdres le sont au Liban.
Mais le raisin outre d'excellents vins, donne aussi l'arak, un alcool anisé que mon beau-père distillait puis faisait vieillir dans son alambic. Il parcourait la région du Mont Liban pour vendre sa production dans sa grande Peugeot noire conduite par un oncle car il n'avait pas le permis!! Les routes étaient sinueuses et défoncées ... c'était la guerre! les trous d'obus étaient inombrables. Les affaires ronronnaient malgré cette sale guerre de clans!
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Ici à Chebtine, le soir tisse ses bruits calmes. Les néfliers courbent sous le poids de leurs fruits juteux. Les oliviers prennent une teinte sombre, quelques éclats d’argent nous rappellent que le soleil est là.Plus loin, les criquets cessent leur chant d’amour.Un renard fait résonner son cri dans la vallée. En bas du village, les premiers bruits humains de la nuit: les moteurs démarrent et une première fenêtre s’allume. On oublie le ronflement qui dessert le haut du village en électricité en s’éloignant vers les terrasses d’oliviers. L’oiseau de l’oued pousse son piaillement aigu , bien caché dans les chênes tordus, Nous ne l’avons pas encore identifié. Après le tournant, sous l’olivier géant la fraîcheur tombe enfin. On entend les cloches des vaches qui se bousculent pour passer la nuit. Ici c’est comme un petit bout de France, des maisons accrochées à la pente, de la pierre, du rocher, mais aussi une ombre apaisante de chênes et de sapins, mêlée aux parfums de l’alpage.
L’attentat
Dans l’appartement au joli balcon de fer forgé donnant sur une artère de Beyrouth, le bébé dort. Ses parents font la sieste ou essaient car chaque journée est déchirée de tirs. Quatorze heures vont bientôt sonner. De l’autre côté de la rue, la petite épicerie attend ses clients. Le temps est lourd. La baie vitrée du quatre pièces laisse passer quelques notes de musique montées en vrille de l’auto garée en bas… puis soudain un vacarme assourdissant, comme une fin du monde: l'auto a explosé. La violence du choc arrache les lourdes portes d’entrée, les vitres sont pulvérisées. Le bruit pénètre dans les corps, paralyse les cellules. Deux cents cinquante kilos d’explosifs sous la voiture garée. Ce qui reste du linge étendu sur le balcon est noir, aussi noir que le pied aveuglant égaré sur le ciment. Le poids du malheur sourd s’écrase, un silence, une halte immense au creux du temps.